Samaranch, espion du KGB?

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Samaranch, espion du KGB?

Message  Imad Eddin AL-HAMADANI le Mar 29 Déc - 10:07

Un ancien officier du KGB affirme, dans un livre paru en Russie, que l'ancien président du CIO, souvent accusé de sympathies franquistes, avait été recruté par l'agence soviétique à la fin des années 70. Explosif !

Juan Antonio Samaranch, président du Conseil international olympique (CIO) de 1980 à 2001, s'est vu souvent reprocher ses fréquentations, sinon ses engagements de jeunesse : membre de la Phalange espagnole traditionaliste et des Juntes offensives nationalsyndicalistes, deux mouvements affidés au leader fasciste José Antonio Primo de Rivera, il fit une belle carrière dans l'Espagne de Franco dont il salua la mort dans un éloge appuyé («sa prise en main de l'Espagne durant trente-neuf ans a signifié pour elle l'ère de prospérité et de paix la plus longue que notre pays ait connue»). Pur opportunisme, assurent les défenseurs du Barcelonais fait marquis par le roi d'Espagne en 1991. Mais que répondre aux accusations du lieutenant-colonel Popov lancées dans son livre paru il y a peu, LeKGB joue aux échecs (Editions Terra, Moscou, 2009) ? Selon lui, le vénérable et tout-puissant patron du sport olympique aurait été recruté par le KGB alors qu'il était ambassadeur d'Espagne en URSS (1977-1980). Cette révélation incroyable apparaît dans cet ouvrage d'investigation captivant qui dissèque avec précision les liens étroits entre les services secrets soviétiques et le monde des échecs et, plus généralement, celui du sport. La collaboration des sportifs de haut niveau avec leKGB était un fait courant et notoire en Union soviétique. Pour les athlètes et les joueurs, c'était souvent le seul moyen de quitter le territoire pour participer à des compétitions à l'étranger. Les joueurs d'échecs champions du monde étaient le fleuron et la fierté du régime. Et leurs joutes, en Russie comme dans les autres pays, autant de parties de manipulation et de chantage, menées par le KGB pour soutenir les «favoris» et défavoriser les autres. Le sport étant un enjeu important des relations internationales, le KGB a tout naturellement déployé son activité dans ses hautes sphères. La force de persuasion des services secrets résidait dans le fait qu'ils contrôlaient les voix de tous les pays du bloc soviétique pour la promotion des grands fonctionnaires sportifs. C'est ainsi que le vice-président de la Fédération internationale des échecs (Fide), Florencio Campomanes, aurait lui aussi été recruté comme agent secret, en 1978, en échange de son élection à la présidence de cette même fédération, lit-on dans le livre.

L'auteur des révélations vit caché au Canada

L'ouvrage, collectif, est rédigé par un historien russe vivant aux Etats-Unis, Youri Felshtinsky, turbulent chercheur et persona non grata en Russie depuis qu'il s'est spécialisé dans la dissection au scalpel du régime en place, deux champions d'échecs soviétiques passés à l'Ouest avant la chute de l'URSS Viktor Kortchnoï et Boris Gulko, anciennes victimes des machinations du KGB et surtout ce fameux Vladimir Popov, ex-lieutenantcolonel duKGB, responsable du département des sports entre 1977 et 1989 et émigré au Canada en 1996. Traduite en néerlandais, en polonais et en brésilien, l'enquête des quatre hommes est sortie dans une version expurgée en anglais. Exit le passage sur Samaranch, justement, comme si l'éditeur britannique avait craint de diffuser cette information aux allures de bombe. Quant à l'édition russe, c'est sur internet qu'on peut la dénicher : elle est indisponible dans les grandes librairies de Moscou. Et que constate-t-on en la feuilletant ? Que la révélation sur l'ancien patron du CIO ne fait l'objet que de quelques lignes en note de bas de page ! On s'interroge : les auteurs souhaitaient-ils qu'elle passe inaperçue ? Le fait est que rares sont les journaux à avoir relevé ce scoop inouï. Felshtinsky, joint au téléphone, justifie la modestie de cette mise en scène en expliquant qu'elle n'est pas neuve : «Cela fait des mois que cette information sur Samaranch est imprimée noir sur blanc ! Voilà pourquoi je ne suis pas revenu dessus plus en détail.» Explication : il y a presque un an, l'historien qui a signé en 2001 un livre avec Litvinenko, l'exespion russe mort empoisonné en 2006 à Londres, a publié une autre enquête historico- politique tout aussi subversive (et elle aussi à peine remarquée...) : Korporatsia (La Corporation) sur la Russie et le KGB au temps de Vladimir Poutine. Il y démontrait, avec son ami journaliste Vladimir Pribylovski, que le FSB (ex-KGB) est arrivé au pouvoir avec Poutine, et entend bien y rester. Dans un chapitre consacré à la victoire suspecte de la ville russe de Sotchi pour accueillir les Jeux olympiques d'hiver de 2014, on découvre que Poutine aurait profité de l'influence conservée par Samaranch dans les hautes sphères du sport pour décrocher cette timbale aussi juteuse en image pour le pays qu'en espèces sonnantes et trébuchantes. Et de rappeler que le marquis espagnol avait une vieille dette envers la Russie, l'URSS ayant favorisé son élection au poste de président du CIO en 1980.

Suspecté de trafic d'objets d'art, il aurait dit oui au KGB

Comment l'ancien secrétaire aux Sports sous Franco en est-il arrivé là ? «Ambassadeur en URSS, est-il écrit dans le livre, Samaranch s'est passionné pour l'histoire et la culture russes. Et tout particulièrement pour les antiquités russes, qu'il collectionnait avec amour et rapportait dans son pays, l'Espagne.»Or, l'exportation d'objets d'art était alors considérée comme de la contrebande, interdite par la loi et étroitement surveillée par le KGB. Quand les services du Kremlin eurent vent des «trafics» de l'ambassadeur, ils vinrent lui proposer un marché : «Soit la publication d'articles dans la presse soviétique et étrangère sur ses activités illégales, ce qui aurait immanquablement mis fin à sa carrière diplomatique, soit une collaboration avec le KGB en tant qu'agent secret.»Samaranch aurait choisi la seconde option. Elle avait l'avantage d'éviter un scandale personnel et de favoriser, plus tard, sa carrière en échange, vraisemblablement, de quelques menus services. L'officier qui fut en charge de le recruter n'était autre que Vladimir Popov, alors âgé d'une trentaine d'années. Installé au Canada dans un lieu resté secret, Popov contacte Youri Felshtinsky en juillet 2007. «J'ai vérifié son identité et sa “probité” auprès des joueurs d'échecs contemporains comme Kasparov, Gulko, Kortchnoï, qui ont eu affaire à lui pendant les années 70-80», affirme l'historien. Au moment de la rédaction de Korporatsia,Popov refuse d'être cité comme source de l'information sur Samaranch, car sa mère et sa soeur vivent encore en Russie. En bon agent, il connaît toutes les ficelles et les pratiques du système et craint pour sa sécurité comme pour celle de sa famille... Mais pour Le KGB joue aux échecs, il accepte donc de se mouiller et cosigne même l'ouvrage. Victime d'un malaise cardiaque à Monaco il y a un mois, Juan Antonio Samaranch, qui fêtera l'an prochain ses 90 ans, n'a pas réagi aux affirmations contenues dans les deux livres.



Source : Le Figaro, 20/11/2009
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Imad Eddin AL-HAMADANI
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