Il y a vingt ans, un premier trou dans le rideau de fer

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Il y a vingt ans, un premier trou dans le rideau de fer

Message  Imad Eddin AL-HAMADANI le Mar 29 Déc - 10:10

Par Dmitri Babitch, RIA Novosti le 23/09/2009

Il y a vingt ans, l'exode de la population des pays du bloc soviétique vers l'Occident a pris de grandes proportions. Les Juifs soviétiques se sont précipités en Israël, les marchands polonais faisant la navette ont inondé l'Europe occidentale, des personnes parlant le hongrois ont été embauchées dans les magasins des régions orientales de l'Autriche, car les acheteurs venant de l'Est y étaient nombreux.

Mais l'exode le plus dangereux pour la "communauté socialiste" a été celui des Allemands de RDA. Après le 10 septembre 1989, lorsque les autorités hongroises ont commencé à laisser passer en Autriche les Allemands de l'Est qui se sont retrouvés sur le territoire de la Hongrie, environ 50000 citoyens de la RDA ont profité de ce trou ouvert dans le rideau de fer.

Le gouvernement de l'Allemagne de l'Est s'est indigné et accusé la République Populaire de Hongrie (RPH) qui restait officiellement dans le giron des communistes, d'avoir trahi les "idéaux du socialisme" et de ne pas avoir respecté l'accord conclu en 1969 concernant les voyages touristiques entre la RPH et la RDA et dans lequel les deux pays s'étaient engagés à empêcher le départ de citoyens pour les pays tiers. Mais les autorités hongroises ont également mis le cap sur l'Ouest et avaient l'intention de rebaptiser peu après la RPH en République Hongroise. Le démantèlement des barbelés à la frontière avec l'Autriche a commencé dès mai 1989 et l'accord sur les voyages touristiques conclu avec la RDA a été temporairement suspendu à la fin de l'été.

Par conséquent, la Hongrie a été le deuxième pays du bloc soviétique, après la Pologne, à avoir opté de façon non ambiguë pour la voie de développement occidentale.

On peut entendre aujourd'hui aussi bien de la part de la vieille génération que des jeunes les propos suivants: si Gorbatchev avait alors frappé du pied, tout cela se serait arrêté instantanément! Mais il ne l'a pas fait. Et pour toute réponse à une requête prudente venant de ses camarades hongrois, face au problème surgissant, Moscou a gardé le silence. A Budapest, ce silence a été interprété comme signe de consentement.

Mais des faits de la réalité hongroise montrent que, même si Gorbatchev avait frappé du pied exprimant ainsi son indignation, cela n'aurait fait que retarder de quelques mois l'écroulement du bloc soviétique.

En effet, en 1987, la dette de la Hongrie envers les créditeurs occidentaux a atteint 17,8 milliards de dollars et ce chiffre s'est élevé à 21 milliards vers 1990. Si l'on compare la côte du dollar à cette époque-là et celle en vigueur aujourd'hui, on voit que le tableau était apocalyptique. La RDA était sur le point de se trouver en défaut de paiement de ses dettes ... envers son créancier hostile, l'Allemagne de l'Ouest (RFA) . La Pologne était déjà en défaut de paiement des dettes et cela malgré un puissant secours apporté par l'Union Soviétique grâce aux produits énergétiques bon marché, mais lequel finalement n'a pas pu être un remède.

Dans les années 1980, la dette extérieure énorme des pays socialistes s'expliquait par la non-compétitivité des produits "socialistes" qui obligeait les gens à acheter à n'importe quel prix des articles importés. Les roubles "transférables" utilisés dans les paiements entre les pays membres du Conseil d'Assistance économique (COMECON) permettaient d'acheter des chameaux en Mongolie, mais il était impossible de payer en ces mêmes roubles les livraisons convoitées en provenance des pays occidentaux. En fin de compte, la pyramide de la dette ne cessait de s'élever .

Les dettes extérieures de l'Union Soviétique augmentaient aussi à cette époque-là. En général, les processus qui se sont produits dans les années 1989-1990 en URSS et chez ses alliées est-européens frappent par leur similitude. Les différences apparaîtront plus tard et elles ne seront pas en notre faveur. Pour l'instant, signalons certains traits semblables.

Premièrement : le changement de régime relativement calme. En Hongrie, le changement de pouvoir s'est produit même sans événement analogue à notre putsch de 1991 qui n'a presque pas provoqué d'effusion de sang, sans insurrections, sans heurts et sans diffamation. Un rôle immense y a été joué par la politique libérale appliquée de longues années durant par le Parti socialiste ouvrier hongrois (PSOH), analogue du PCUS soviétique.

Deuxièmement : l'apparition rapide et la popularité extraordinaire de toutes sortes de "fronts populaires" et d'associations sociales informelles entrant facilement en concurrence avec le parti communiste lors des premières élections libres. L'activité des partis non communistes a été autorisée en Hongrie déjà au début de 1989, mais personne ne s'attendait à ce que les jeunes formations remportent la victoire si vite aux élections d'avril 1990 sur le Parti socialiste hongrois (héritière du PSOH) qui n'a recueilli que 9% des voix.

Troisièmement : le retour rapide des anciens "spécialistes" des partis aux positions de commandement dans l'économie et à l'administration de l'Etat. Les maîtres d'école et les ingénieurs invités au parlement par le Forum démocratique hongrois (FDH) qui a remporté les élections de 1990 se sont avérés incapables de diriger les structures de l'Etat. Déjà lors des élections de 1994, le Parti socialiste dirigé par les anciens "apparatchiks" a obtenu la majorité absolue au parlement. Mais les postcommunistes hongrois n'ont pas profité du pouvoir retrouvé pour faire taire leurs opposants politiques.

Ce dernier point constitue probablement la principale différence des résultats des réformes russes et est-européennes. Agissant selon le principe "le vainqueur reçoit tout", l'élite russe n'a pu mettre au point un mécanisme de succession des équipes au pouvoir. Il n'en reste pas moins que la succession des partis au pouvoir aide la Hongrie à atténuer les conflits qui secouent le pays. Ces conflits sont nombreux. Les radicaux de droite et de gauche ont renforcé leurs positons ces dernières années, le monde entier a vu des images des émeutes des jeunes en 2006 à Budapest. L'ancienne dissidente Agnes Heller qui a quitté la Hongrie en 1977 et qui enseigne actuellement dans son pays reconnaît : "Lorsque nous prononçons le mot "capitalisme", les jeunes l'assimilent a la privatisation, la perte de travail et le capital étranger".

Comme on le voit, tout cela nous est familier. Mais il y a aussi des différences. Pendant les émeutes des jeunes, le premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsany qui a créé un système à deux partis en Hongrie avec Viktor Orban, le leader du parti Fides, concurrent du parti socialiste, a employé la force contre les hooligans qui saccageaient les magasins et les voitures. Mais le recours à la force contre les manifestations pacifiques de l'opposition, même la plus radicale, aurait été pour lui un suicide politique.

On ne comprend pas encore très bien cela en Russie, sinon, on n'aurait pas reproché à Gorbatchev l'"abandon" de l'Europe de l'Est. N'importe quelle tentative de Gorbatchev d'arrêter l'"exode" des alliés en Occident n'aurait fait qu'ajourner ce processus, sans l'arrêter.

D'ailleurs, si cet ajournement avait traîné en longueur ou fait des victimes, même insignifiantes, les conséquences en auraient été bien pires pour les rapports de l'Union Soviétique, ensuite, de la Russie avec l'Europe de l'Est. Par conséquent, en ce qui concerne notre pays, il peut commémorer le 20e anniversaire de sa "sage inaction".

Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

>> Source <<

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Vladimir Fédorovski “La chute du Mur n’était pas inévitable.”


Né en 1950, Vladimir Fédorovski est l’écrivain d’origine russe le plus édité en France. Déjà auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de la Russie et de l’Union soviétique, il publie le Roman de l’âme slave aux éditions du Rocher. Proche de Gorbatchev et Iakovlev entre 1985 et 1991, il raconte, au Spectacle du Monde la chute du Mur vue de Moscou.

Le mur de Berlin est tombé au soir du 9 novembre 1989. Or le général américain Vernon Walters, qui était alors ambassadeur à Berlin, raconte dans ses Mémoires que, le 2 novembre, soit une semaine plus tôt, son homologue soviétique lui avait affirmé : « Le mur sera encore là dans cent ans ». Moscou a-t-il vraiment été à ce point aveugle aux événements de 1989?

■ Non, pas du tout. Moscou savait et avait même prévu ce qui allait se passer, jusqu’à un certain point. Gorbatchev et le KGB savaient. Depuis longtemps. Ce qu’ils ignoraient, c’est jusqu’où cela irait. L’histoire a ses imprévisibilités. La chute du mur n’était ni inévitable, ni fortuite, comme certains l’ont écrit. Elle a été voulue par Gorbatchev lui-même, avant même qu’il n’arrive au pouvoir.

A partir de quand cette chute est-elle envisagée ?

■S’il fallait mettre une date, je choisirais celle de la rencontre entre Alexandre Iakovlev et Mikhaïl Gorbatchev en 1983, à Ottawa. Gorbatchev était alors chargé de l’agriculture au Comité central, il s’était rendu au Canada pour voir comment fonctionnait un système productiviste à grande échelle. C’est là qu’il a rencontré pour la première fois Iakovlev, qui y était ambassadeur depuis plus de dix ans. Un poste en forme de mise à l’écart. Iakovlev était persuadé que le système soviétique allait au désastre s’il n’était pas réformé. Ses thèses ne faisaient pas l’unanimité à Moscou, alors on l’avait envoyé très loin… Au moment de se séparer, les deux hommes sont restés ensemble, sur le tarmac de l’aéroport, pendant une heure à refaire le monde. Ils sont convenus qu’il fallait changer la donne pour éviter le pire. C’est là qu’est né le concept de la perestroïka.

A l’époque, Gorbatchev n’est encore que le poulain d’Andropov, donc un homme du KGB.

■ Absolument. On pourrait d’ailleurs dire que la chute du communisme est le fruit d’un malentendu, dans la mesure où Gorbatchev a été inventé par Andropov, luimême chef du KGB. C’est lui qui l’a installé au pouvoir en 1985, avec le soutien de l’armée et du KGB. Deux tendances opposées s’affrontaient au Bureau politique. D’un côté, les conservateurs voulaient une évolution à la Deng Xiao Ping : d’abord tuer la contestation par tous les moyens, y compris le crime politique, puis imposer les réformes par le haut. De l’autre, les réformateurs voulaient en finir avec ce système meurtrier. Pour eux, accepter la poursuite de la répression, c’était devenir l’otage du KGB. Le système soviétique, hérité de Staline, était fondé sur la terreur, même dans les années 1980. Il était conçu de telle sorte que, sans répression, il ne pouvait pas survivre. En 1985, Gorbatchev, influencé aussi par sa femme Raïssa, a fait le choix de ne plus tuer.

Gorbatchev envisageait-il de réformer le système communiste pour le sauver ou, au contraire, était-il prêt à sacrifier cette idéologie?

■ Gorbatchev croyait à une convergence possible du système capitaliste et du système socialiste. Héritier en quelque sorte du Printemps de Prague, il envisageait un socialisme à visage humain. Son objectif était de faire naître une nouvelle Russie, ouverte aux échanges et à la technologie, et de l’arrimer à l’Europe. C’était tout le sens de son discours au parlement européen de Strasbourg, en 1989, lorsqu’il a parlé de la « maison commune ».

A quel moment avez-vous rejoint l’équipe de Gorbatchev?

■ Quand, en 1985, Gorbatchev devient secrétaire général du Parti communiste, j’étais attaché culturel à Paris. Parce que je parlais français et pouvais servir d’interprète. C’était un poste très intéressant qui m’a permis de rencontrer beaucoup d’artistes et tous ceux qu’on appelait alors les « idiots utiles ». Ainsi que des personnalités, disons en semi-dissidence. Rentré à Moscou, je me suis retrouvé presque sur la touche et c’est le gendre d’Andreï Gromiko, l’inamovible ministre des Affaires étrangères, qui m’a sauvé en me nommant chef de cabinet du secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, un ami de Iakovlev. Entre-temps, Iakovlev avait été rappelé à Moscou par Gorbatchev qui l’avait nommé au Bureau politique comme responsable de la propagande et de l’idéologie. Ils m’ont dit : « On va prendre le Kremlin au nom de la liberté ». J’étais enthousiaste. Avec Anatoli Sobtchak, nous avons fondé le Mouvement pour les réformes démocratiques, le premier parti véritablement anticommuniste, dont je suis devenu le porte-parole jusqu’au putsch de 1991.

A l’Ouest, on crédite le président américain Ronald Reagan et notamment son initiative de défense stratégique, le fameux projet de « guerre des étoiles », d’avoir précipité la fin de l’URSS ; quelle en fut la véritable incidence ?

■ Elle fut considérable, mais pas essentielle. A l’époque, Gromiko pensait que l’URSS ne pourrait pas rivaliser avec ce programme dans la mesure où le pays était déjà au bord de la rupture sur le plan économique. Mais ce ne sont pas des considérations de cet ordre qui ont amené la chute du communisme. Ce sont des choix idéologiques. Iakovlev considérait ce régime comme criminel. Gorbatchev était plus hésitant, mais le concept de sortie du communisme s’est imposé peu à peu et tout le monde s’y est tenu.

Cette stratégie s’est d’abord concrétisée par l’abandon des républiques satelllites du pacte de Varsovie?

■ D’abord, on a pris nos distances avec Cuba et l’Angola. Puis Iakovlev a posé la question du coût de la politique étrangère. On a calculé que l’Europe de l’Est coûtait 40 milliards de roubles par an. Il fut décidé de ne plus payer et au contraire de monnayer la chute du rideau de fer avec l’Occident. Iakovlev a rencontré Reagan, puis Bush. Il y eut des promesses des deux côtés. Promesses non tenues bien sûr. Le Bureau politique n’en a jamais rien su. Mais les Américains n’avaient pas de vraie stratégie par rapport à la Russie. En 1989, Bush père et surtout son secrétaire d’Etat, James Baker, ne cachaient pas leur enthousiasme pour la perestroïka, mais ni l’un ni l’autre n’ayant de réelles visions pour l’après-communisme, ils n’ont pas su influer sur les événements.

En 1989, les événements s’emballent : en Pologne, en Hongrie, puis en RDA, le rideau de fer s’effrite avant de tomber. A quel moment Gorbatchev a-t-il compris que ce mouvement était irréversible?

■ Dès 1988, nous avons compris que le système était, en fait, irréformable. On ne pouvait pas à la fois le changer et le préserver. Le choix a été fait d’en sortir, mais sans effusion de sang. Le 2 mai 1989, quand la Hongrie a accepté d’ouvrir sa frontière avec l’Autriche pour laisser passer des ressortissants est-allemands, nous savions que ces quelques coups de cisaille dans les barbelés avaient été négociés avec Helmut Kohl, le chancelier d’Allemagne de l’Ouest d’alors, contre un milliard de Deutsche marks. Pour lui, cela favorisait la réunification de l’Allemagne. Pour nous, cela signait la fin de la RDA. Vladimir Kryuchkov, alors à la tête du KGB, a d’ailleurs envoyé une note à Gorbatchev disant que, s’il n’intervenait pas immédiatement, la RDA serait perdue. Il recommandait de mettre à contribution la police est-allemande pour mener une répression impitoyable et tuer dans l’oeuf toute contagion. « La police est-allemande est entraînée, écrivait-il, elle peut écraser ces velléités d’ouverture et c’en sera fini ; mais surtout, il ne faut pas de char russe ». Il pense encore que quelques milliers d’arrestations ramèneront le calme, à condition qu’on ne voie pas derrière la main de Moscou.

Et Gorbatchev, au contraire, laisse filer…

■ Encore une fois, la clé de ces événements, c’est le choix des réformateurs de rompre avec la spirale de la répression. Sur le coup, le Bureau politique se divise. Conser vateurs d’un côté, réformateurs de l’autre, partisans des coups de bâton contre partisans du laisser-faire. Finalement, Edouard Chevarnadzé, ministre des Affaires étrangères, se range du côté de Gorbatchev et ils gagnent. Le grand perdant, ce fut Erich Honecker, alors à la tête de l’Allemagne de l’Est, car c’est à ce moment-là que son limogeage fut décidé. Markus Wolf, l’ancien chef des renseignements extérieurs de la Stasi (Hauptverwaltung Aufklärung - HVA), qui avait rejoint le groupe des réformateurs, fut pressenti pour prendre la direction du SED, le parti socialiste est-allemand, et engager une transition. Mais ce plan « Loutch », autrement dit « rayon de lumière », n’a jamais été appliqué. Les événements sont allés plus vite que les hommes politiques…

D’où la scène surréaliste du 7 octobre 1989, où l’on célèbre en grande pompe le 40e anniversaire de la RDA alors même que le pays est en train de se déliter.

■ Les journaux ont tous rapporté la phrase de Gorbatchev : « La vie sanctionne ceux qui arrivent en retard. » C’était une allusion critique à l’immobilisme d’Erich Honecker. Mais, en privé, Gorbatchev a dit autre chose. A la sortie d’un long entretien avec le secrétaire général du Comité central est-allemand, il a dit : « Virez-moi ce vieux stalinien. » Deux semaines plus tard, Erich Mielke, le chef de la Stasi, rencontre le responsable du KGB. Il attend toujours des instructions de Moscou pour savoir comment réagir face aux manifestations de plus en plus nombreuses des Allemands de l’Est. La réponse qu’il reçoit est : « Ne comptez pas sur nous ». En fait, Gorbatchev s’en tient à sa promesse de ne pas intervenir. Le KGB n’ose pas encore aller contre sa décision, mais il va lui en tenir rigueur. D’une certaine façon, c’est ce jourlà qu’a commencé le putsch de 1991 contre Gorbatchev. Le KGB ne lui pardonnera pas d’avoir abandonné la RDA et d’avoir ainsi fait tomber le premier d’une longue série de dominos. Mais à l’époque ses membres n’ont pas osé intervenir.

Honecker éliminé, Egon Krenz, son successeur désigné, violemment contesté dans la rue, dans les premiers jours de novembre 1989, le gouvernement de RDA ressemble à un bateau ivre…

■ L’idée était de gagner du temps, de continuer à négocier, d’autoriser quelques passages, et au besoin de concéder une ouverture de la frontière avec l’Allemagne de l’Ouest ; en somme, une ouverture temporaire et partielle. Mais Günter Schabowski, le porteparole du gouvernement, a ruiné ce dispositif. Chargé de répondre aux questions des journalistes sur les autorisations de passage à l’Ouest, il ne savait pas ce qu’il devait dire, parce qu’aucune décision n’avait encore été prise. Il a cherché dans son texte une date pour ces autorisations de passage. Il n’y en avait pas, les discussions n’étaient pas achevées. Alors quand les journalistes ont insisté pour savoir à partir de quand ces autorisations seraient mises en place, il a répondu : « A partir de maintenant ». Et ça a déclenché l’avalanche.

Le KGB n’a-t-il pas cherché à se débarrasser de Gorbatchev dès ce moment-là ?

■ C’est ce que souhaitait Kryuchkov, mais il était encore trop isolé. En fait, il s’est vengé à la façon d’un bon agent soviétique, par une campagne de désinformation. Le jour même de la réunification allemande, il est allé voir Gorbatchev pour lui annoncer qu’il détenait la preuve, dossier à l’appui, que Iakovlev était un agent américain. Le dossier était un vrai « faux-dossier », bien sûr, bourré de témoignages sur mesure d’agents dormants, mais dénués de tout fondement. De tels dossiers étaient monnaie courante à l’époque.

Comment Gorbatchev a-t-il pris cette information ?

■ Il l’a crue ou a fait semblant de la croire. Lui et Iakovlev ont été en froid pendant plusieurs années. Pourtant, Iakovlev n’avait guère le profil d’un espion. C’était un intellectuel, un idéaliste, un penseur, pas un agent.

Gorbatchev s’est-il rendu compte que la chute du mur allait faire aussi éclater l’Union soviétique?

■ L’intégrité de l’Union soviétique, en dehors des pays baltes, n’était pas négociable. Il n’a jamais été question de se séparer des républiques du Caucase, d’Asie Centrale ou d’Europe centrale.

Est-ce que la politique actuelle de Moscou ne consiste pas à reconstituer cet ensemble ?

■ La Russie d’aujourd’hui représente le triomphe du concept d’Andropov. L’idée de reconstituer l’Union soviétique est là, mais cela doit se faire en sourdine, par des accords économiques et politiques discrets. Sans àcoups et par étapes. A la méthode slave. Mais il faut savoir que le maintien ou la reconstitution du noyau dur des pays slaves est une tendance historique qui dépasse largement le communisme. Même Soljenitsyne en était partisan. On reproche à Poutine d’avoir dit que « tous ceux qui ne regrettent pas l’Union soviétique n’ont pas de coeur », mais on sait moins qu’il a aussitôt ajouté : « tous ceux qui la regrettent n’ont pas d’intelligence ». Il ne veut pas remettre le communisme au goût du jour. Poutine croit à une histoire linéaire. Pour lui, l’empire des tsars au XIXe siècle, celui de Staline hier et la Russie qu’il veut bâtir, sont une seule et même chose : la Grande Russie. Et c’est elle qu’il veut refonder.



A voir Photographies de Patrick Tourneboeuf Fnac Forum des Halles. Jusqu’au 14 novembre.

Berlin, 1989-2009, l’effacement des traces Musée d’Histoire contemporaine, hôtel national des Invalides, Paris 75007. Jusqu’au 31 décembre.

Promesses du passé, une histoire discontinue de l’art à l’est de l’Europe Centre Pompidou, galerie sud et espace 315, Paris 75001. Du 14 avril au 14 juillet 2010.

A lire Le Mur de Berlin, 1961-1989 de Frederick Taylor, J.-C. Lattès, 622 pages, 25 €. Berlin-Stasi de Jean-Paul Picaper, éditions des Syrtes, 508 pages, 22 €. Sans début ni fin, le chemin du mur de Berlin photographies de Dominique de Rivaz, éditions Noir sur Blanc, 290 pages, 39 €. 1989-2009 : les Tribulations de la liberté de Daniel Vernet, Buchet Chastel, 240 pages, 19 €. 1989, l’année où le monde a basculé de Pierre Grosser, éditions Perrin, 606 pages, 25,50 €. L’Ombre du mur, 1989- 2009 ouvrage collectif, éditions des Syrtes, 288 pages, 22 €. Les 1001 jours qui ont changé le monde sous la direction de Peter Furtado, Flammarion, 960 pages, 32 €.


Source : Le Spectacle du Monde, novembre 2009
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Imad Eddin AL-HAMADANI
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