Armes de destruction massive : la montée des périls

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Armes de destruction massive : la montée des périls

Message  Imad Eddin AL-HAMADANI le Mer 30 Déc - 1:17

Un article du journal Le Monde.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3220,36-736723@51-736823,0.html

Armes de destruction massive : la montée des périls

Mercredi 01 février 2006 - 13h22


Les Etats-Unis, l'Europe, la Russie, la Chine et l'Inde ne partagent pas forcément la même stratégie pour trouver une issue à la crise iranienne, mais ils ont en commun une certitude : laisser l'Iran devenir une puissance nucléaire créerait non seulement les conditions d'un dangereux déséquilibre au Moyen-Orient, mais aussi — plus grave — porterait un coup probablement fatal au régime international de non-prolifération nucléaire dont la clé de voûte, le TNP (traité de non-prolifération), est déjà fragile.

Le paradoxe est que des pays qui sont des puissances nucléaires de fait, mais ne sont pas signataires du TNP (Inde, Pakistan et Israël), en sont de fervents défenseurs. Pour eux, comme pour une large partie de la communauté internationale, le scénario-catastrophe serait que l'Iran suive l'exemple de la Corée du Nord, qui a annoncé son retrait unilatéral du TNP en janvier 2003.

Si tel était le cas, plus rien ne retiendrait les Etats qui en ont virtuellement les capacités de rejoindre les huit pays possédant aujourd'hui des armes nucléaires. La Corée du Nord n'est que soupçonnée d'en détenir, alors que l'Iran est accusé de poursuivre un programme clandestin pour en fabriquer. Huit pays en 2005, contre... bien plus, potentiellement, dans les années 1960. L'Egypte, l'Italie, le Japon, la Norvège, la Suède et l'Allemagne de l'Ouest avaient alors des programmes nucléaires en cours ou envisagés.

Depuis la fin des années 1970, seize autres pays (Argentine, Australie, Biélorussie, Brésil, Canada, Irak, Kazakhstan, Libye, Roumanie, Afrique du Sud, Corée du Sud, Espagne, Suisse, Taïwan, Ukraine et Yougoslavie) ont choisi de renoncer à l'arme nucléaire, même si l'Irak et la Libye se sont ensuite ravisés. Si l'Iran devenait une puissance nucléaire, l'Egypte, l'Arabie saoudite, la Syrie, le Brésil, le Japon et l'Afrique du Sud, entre autres, seraient tentés de réviser leur position. Nombre de ces pays disposent déjà de missiles à moyenne ou à longue portée et, pour certains, de stocks d'armes biologiques ou chimiques.

En dépit de ses lacunes, le régime de non-prolifération a donc jusque-là plutôt bien fonctionné. La moindre de ses vertus n'a pas été, à la fin de la guerre froide, de contribuer au retour en Russie des milliers de missiles nucléaires qui étaient entreposés dans trois pays de l'ex-URSS (Ukraine, Kazakhstan et Biélorussie). La décision de l'Afrique du Sud, en 1991, de se débarrasser des six bombes nucléaires qu'elle possédait a été un autre succès, comme le renoncement de la Libye, en décembre 2003, à son programme d'armes nucléaires et chimiques.

L'Afrique, mais aussi l'Antarctique, l'Amérique du Sud, le Pacifique sud et l'Asie du Sud-Est sont devenus des zones exemptes d'armes nucléaires, et cinq pays d'Asie centrale devraient signer un traité établissant une sixième zone de ce type. Ces efforts contribuent à la non- prolifération. Enfin, comparativement à l'époque de la guerre froide où l'OTAN et le Pacte de Varsovie rivalisaient dans la course aux armements nucléaires, mais aussi biologiques et chimiques, les arsenaux des "Deux Grands", les Etats-Unis et l'ex-URSS, ont diminué au gré des négociations Start (traité de réduction des armes stratégiques), du moins relativement.

En 2002, les deux pays se sont engagés à réduire de 6 000 à environ 2 000 le nombre de leurs têtes nucléaires opérationnelles d'ici à 2012. Dans les faits, les Etats-Unis disposent aujourd'hui de 5 300 ogives nucléaires et de 5 000 autres placées en réserve. De son côté, la Russie disposerait de quelque 4 700 ogives opérationnelles, auxquelles s'ajouteraient 3 400 têtes non stratégiques et 8 800 armes en réserve, soit un total d'environ 16 000 ogives nucléaires, dont les conditions de sécurité et de stockage inquiètent les experts occidentaux.

Ces progrès pourraient laisser croire que, globalement, la planète est plus sûre et que le risque d'une utilisation de l'arme nucléaire s'éloigne. Il n'en est rien. Jamais, au contraire, les risques de prolifération, de terrorisme et de marché noir du nucléaire n'ont été aussi grands. D'abord parce que les efforts internationaux pour réduire la menace nucléaire marquent le pas. La décision des Etats-Unis, en décembre 2001, de se retirer du traité ABM (limitation des systèmes antimissiles balistiques), justifiée par la volonté du président George Bush de doter son pays d'un bouclier antimissile, n'a pas contribué à la "décrispation" nucléaire.

De même, en ne produisant aucune avancée pour empêcher la dissémination des armes nucléaires et promouvoir le désarmement, la conférence de révision du TNP, en mai 2005, a donné un fâcheux exemple aux pays "proliférants". Outil indispensable, le TNP comporte de nombreuses faiblesses : il ne concerne que les Etats (il n'a, évidemment, aucune influence sur les groupes terroristes) et n'est pas universel. Le protocole additionnel est applicable sur une base volontaire, et ses "accords de

garantie" ne constituent pas un filet de sécurité contre les Etats qui, bien que signataires du traité de non-prolifération, ont décidé de ne pas en respecter les règles.

En septembre 2005, les 117 pays présents à la conférence sur la mise en oeuvre du traité d'interdiction des essais nucléaires (CTBT) se sont séparés en constatant que l'entrée en vigueur du traité, qui prévoit la création de 321 stations de surveillance à travers le monde, est encore lointaine, neuf ans après son adoption.

Ensuite, en faisant preuve d'une grande mansuétude envers l'Inde, le Pakistan etIsraël, qui continuent de renforcer leurs arsenaux nucléaires, les cinq puissances nucléaires "officielles" prennent une lourde responsabilité pour l'avenir. Et ils donnent des arguments à des pays qui, comme l'Iran, souhaitent suivre cet exemple et bénéficier d'une semblable impunité.

Le cas du Pakistan est exemplaire, le réseau d'Abdul Qadeer Khan, le "père" (autoproclamé) de la bombe pakistanaise, ayant eu comme clients l'Iran, la Libye et la Corée du Nord, voire d'autres pays. Nul ne sait quelles ont été les limites de ce marché noir du nucléaire, ni s'il perdure. Toujours est-il que, grâce à la "filière Khan", l'Iran s'est doté de centrifugeuses et de plans qui sont au coeur de son programme nucléaire militaire.

De même, en s'engageant dans un partenariat stratégique avec l'Inde, qui prendra la forme d'une coopération dans le domaine nucléaire, les Etats-Unis s'écartent nettement de leurs obligations au titre de membre du groupe des fournisseurs d'équipements nucléaires (NSG).

Enfin, les efforts du Pentagone pour obtenir du Congrès américain des crédits en faveur d'un programme de "mini-bombes" nucléaires (des armes dites "non stratégiques") ne peuvent que brouiller le message de la dissuasion et de la non-prolifération. Reste que la communauté internationale a peut-être des raisons de ne pas écouter les Cassandre : après tout, en 1992, la CIA affirmait que l'Iran aurait la bombe nucléaire... en 2000.

A lire également :

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http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3220,36-736725@51-736823,0.html

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