La guerre du terrorisme délocalisée en EUROPE

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La guerre du terrorisme délocalisée en EUROPE

Message  Imad Eddin AL-HAMADANI le Mer 30 Déc - 4:41

Comment éviter une guerre civile en Europe

Par Francis GHILES

http://www.leconomiste.com/article.html?a=64388

Francis Ghilès est membre de l’Institut européen de la Méditerranée (Iemed). Situé en Espagne, l’Iemed est une sorte de think thank qui agit en tant qu’observatoire des politiques méditerranéennes.
Ghilès a été durant de longues années le spécialiste du Maghreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la Méditerranée

Il est tout à fait normal qu’après des actes de terrorisme monstrueux, comme ceux commis à Londres le 6 juillet dernier et à Madrid un peu plus de douze mois auparavant, l’attention du monde entier soit braquée sur ceux qui les ont perpétrés. Les quatre jeunes gens qui se sont fait explosés à Londres sont des Britanniques musulmans ce qui, en soit n’explique pas les actes terribles dont ils ont pris la responsabilité.
La manière dont le Royaume-Uni et ses alliés réagiront à ces outrages déterminera les chances de succès d’une politique dont le but suprême doit être d’éviter d’exacerber les tensions entre une majorité européenne blanche et des minorités raciales qui pourraient provoquer des tensions qui risqueraient de dégénérer en guerre civile. La réponse doit être impitoyable, la qualité des renseignements sur les terroristes potentiels bien meilleure que ce ne fut le cas jusqu’à présent. Mais il faut définir très précisément qui les nations occidentales sont en train de combattre. La politique américaine a non seulement soigneusement évité de dire qui exactement elle combattait, elle a tout fait pour gêner et salir la réputation de nombreux spécialistes, européens surtout, qui ont osé mettre en garde l’administration du président Bush sur les dangers qui guettent ceux qui mélangent: l’ETA basque et Saddam Hussein, Al Qaida et la Corée du Nord, l’Iran, l’IRA irlandaise et la Syrie. Le Premier ministre britannique a largement participé à une politique qui a délibérément trompé l’opinion publique pour ce qui concerne l’existence d’armes de destruction massive détenues par Saddam Hussein; pour ce qui concerne les liens présumés et jamais démontrés entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden; pour ce qui concerne qui est l’ennemi à abattre.

· Exacerbation des tensions

Abattre Oussama Ben Laden ne consiste pas à peu faire pour aider à la reconstruction de l’Afghanistan pour s’engager dans une aventure en Irak qui transforme ce malheureux pays en un très efficace laboratoire de jihadistes. Combattre un réseau islamiste radical déjà bien implanté en Europe exigera des ressources humaines et financières considérables et obligera sans nul doute à restreindre certaines libertés publiques; un contrôle encore plus strict des flux d’immigration. Tant des attaques futures de grande envergure que l’exacerbation des tensions entre pauvres blancs et minorités raciales et ethniques peuvent avoir des conséquences graves pour la démocratie en Europe.
Après le 9/11, bien peu d’Européens, notamment en France et en Espagne, ont accepté que George Bush caractérise la nouvelle donne comme étant bel et bien une guerre contre le terrorisme. Ils avaient tort. Mais aujourd’hui, il convient de se poser deux questions. Quel type de guerre et comment la mener? Après le 9/11, nombreux furent les Européens qui posèrent cette question avec insistance. Les gouvernements américains et britanniques balayèrent de telles questions, tout comme l’immense majorité des médias américains. Les médias et une partie non négligeable de l’opinion publique britanniques demeurèrent plus sceptiques devant la voie choisie par leur Premier ministre.
Après les attentats du 6 juillet, les Britanniques sont en droit d’exiger des Américains qu’ils répondent aux deux questions mentionnées plus haut de façon beaucoup plus rigoureuse qu’auparavant. Pourquoi continuer à soutenir une stratégie sur laquelle une majorité avait déjà des doutes importants dès avant la réélection de Tony Blair en mai dernier? Nombreux sont ceux qui sont convaincus qu’une telle stratégie aurait pour conséquence essentielle d’augmenter la frange radicale de Britanniques musulmans?

· Attrape-nigauds

Cette conviction ne peut qu’être confortée par le rapport Security, Terrorism and the UK que viennent de publier, sous l’égide du Royal Institute of International Affairs à Londres, deux éminents spécialistes de ces questions, Paul Wilkinson, professeur à St Andrew University, et Franck Gregory, professeur à Southampton University. “Le Royaume-Uni est dans une situation particulièrement risquée parce qu’il est l’allié le plus proche des Etats-Unis, qu’il a déployé l’armée dans les campagnes d’Afghanistan et d’Irak”. Cette dernière guerre a donné un coup d’accélérateur au mouvement terroriste et rendue la Grande-Bretagne “particulièrement vulnérable à des attentats comme ceux du 6 juillet.” Au Royaume-Uni, cet engagement aurait accéléré le recrutement et la collecte de fonds du réseau Al Qaida et offert aux candidates terroristes une cible et un terrain d’entraînement”. Les deux auteurs concluent: “Etre sur le siège du passager pour s’attaquer au terrorisme est une politique hautement risquée”.
La stratégie américaine, appuyée avec tant d’enthousiasme par Tony Blair, a totalement échoué: elle n’a pas divisée le camp adverse. En confondant volontairement extrémistes religieux sunnites, nationalistes arabes, partis religieux chiites, nationalistes iraniens et franges radicales du mouvement palestinien, le président Bush n’a rendu service ni au peuple américain et à ses intérêts à long terme, encore moins aux peuples européens dont les préoccupations sont d’autant plus violentes que la région moyen-orientale est plus proche et que des millions d’Arabes et d’Iraniens vivent en Europe souvent depuis plus d’une génération.
Nous n’avons guère eu droit à une stratégie diplomatique solidement pensée, à une stratégie politique fine, mais à la promotion de la démocratie comme “attrape-nigauds”. Personne n’a réussi à expliquer a MM Bush et Blair que rien ne prouve que des institutions démocratiques constituent un rempart efficace contre l’extrémisme, surtout dans des pays qui combinent de nombreuses faiblesses sociales et économiques, des structures judiciaires peu solides et un sentiment d’humiliation tenant à de nombreux facteurs historiques, dont certains et non des moindres remontent à la période pendant laquelle ils ont été colonisés par des puissances européennes.
Promouvoir la démocratie dans un tel contexte relève de l’affabulation, pour ne pas dire de la pantalonnade, pas d’une politique mûrement pensée. La démocratie n’est pas un genre de poudre de Nescafé sur laquelle il suffit de verser un peu d’eau bouillante pour en faire un café fin. Non, le résultat est un breuvage infâme qui n’a pas de nom. Promouvoir le développement de la démocratie dans le cadre d’un processus de transformation plus large est logique, recourir même à des assassinats préventifs de meurtriers en puissance pourrait à la limite se justifier. Mais, si la vaste majorité des musulmans qui résident en Europe n’appuient pas la stratégie que seront amenés à élaborer l’Europe et les Etats-Unis, les chances de réussite d’une telle stratégie sont vouées à l’échec. Si l’Occident ne trouve pas de vrais alliés parmi les pays musulmans, pas seulement chez leurs dirigeants mais dans leurs peuples, le futur que nous aurons à contempler bientôt est sombre.
Il n’est que de voir l’attitude arrogante et stupide des Etats-Unis face à l’Iran pour se persuader qu’une telle politique fait les choux gras de Oussama Ben Laden. En refusant d’encourager l’Iran à abandonner son programme nucléaire, Washington fait bloquer le projet de gazoduc de l’Iran au Pakistan. Au lieu d’offrir aux dirigeants iraniens des raisons de rejoindre le cercle des nations, Washington cherche à isoler Téhéran. Au lieu de consolider la situation en Afghanistan, MM Blair et Bush se lancent dans une aventure tragique qui fait passer l’Irak d’une dictature sanguinaire au chaos et transforme ce pays en fabrique de jihadistes.
Nombreux furent les officiers britanniques qui s’opposèrent a l’aventure irakienne. Comme je l’ai écrit ici même à plus d’une reprise, j’ai plus de respect pour le haut commandement britannique que pour son Premier ministre actuel. L’histoire retiendra de Tony Blair qu’il a commis la pire faute de politique étrangère d’un Premier ministre britannique depuis la Seconde Guerre mondiale. Déjà avant l’invasion de l’Irak, de nombreux membres de la classe dirigeante s’inquiétaient des retombées d’une opération “ratée” en Irak. Beaucoup se demandaient si une opération “ratée” ne serait pas pain béni pour Al Qaida. La réponse est claire. Les attentats de Londres remettront-ils en cause la sacro-sainte alliance anglo-américaine, du moins la volonté des leaders britanniques à “coller” à tout prix à la politique américaine?
L’Europe est peut-être au milieu d’une mauvaise passe aujourd’hui depuis les non français et hollandais à la Constitution européenne. Mais elle ne peut remettre à demain l´élaboration d’une politique plus ambitieuse et plus fine qu’une simple relance du Processus de Barcelone. Elle doit faire preuve d’imagination dans ses rapports avec le monde arabe: encore faut-il noter que l’une des principales faiblesses du Processus de Barcelone c’est que l’Union européenne n’arrive guère, depuis une décennie, à peser sur les politiques de pays qui savent qu’ils ne seront jamais admis au club de l’Union.
Pour conclure tout de même sur une note optimiste, je dois dire que je regrette profondément que les paroles prononcées par Kateb Amazigh -le fils de l’écrivain algérien décédé, Kateb Yacine, musicien installé à Grenoble à son concert au Festival Timitar- des musiques berbères d’Agadir, le 7 juillet dernier, n’aient pas été relayées par toutes les chaînes de télévision occidentales et arabes: “Quand est-ce que les musulmans apprendront à dialoguer autrement qu’avec des bombes?” lança-t-il à 20.000 spectateurs qui applaudirent à tout rompre. Il envoya ensuite ses condoléances à Londres.
Cette scène restera gravée dans ma mémoire car mieux que bien des discours officiels et convenus, elle symbolise les sentiments d’un grand artiste, ceux de nombreux marocains et sans doute de millions de gens sur les deux rives de la Méditerranée. Chaque directeur de journal anglais, chaque député au Parlement de Westminster, chaque ministre du gouvernement de Sa Gracieuse Majesté, la BBC, ITV et d’autres chaînes de télévision devraient montrer un film de cette soirée. L’idée de solidarité a encore un sens mais pour combien de temps?

En confondant volontairement extrémistes religieux sunnites, nationalistes arabes, partis religieux chiites, nationalistes iraniens et franges radicales du mouvement palestinien, le président Bush n’a rendu service ni au peuple américain et à ses intérêts à long terme, encore moins aux peuples européens dont les préoccupations sont d’autant plus violentes que la région moyen-orientale est plus proche et que des millions d’Arabes et d’Iraniens vivent en Europe souvent depuis plus d’une génération
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Imad Eddin AL-HAMADANI
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