Une invention "humanitaire" de la revolution

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Une invention "humanitaire" de la revolution

Message  Imad Eddin AL-HAMADANI le Lun 28 Déc - 19:31

si il y à bien quelque chose que la Revolution à rendu plus "supportable" c'est les executions capitales grâce à l'invention de la machine du docteur Guillotin, la guillotine mettant fin à des supplices aussi barbares que la roue ou l'ecartellement

La guillotine, « machine humanitaire » de la Révolution
« Tout condamné aura la tête tranchée » : dès 1792, l’invention de la guillotine, utilisée jusqu’en 1977 en France, veut rendre la peine capitale égalitaire et indolore.

Sous la Constituante (9 juillet 1789-20 septembre 1791), la Révolution forge le droit pénal de l’État de droit. L’Empire en imposera la modernité et les principes libéraux en Europe continentale. Selon les droits de l’homme, les nouvelles valeurs pénales s’imposent dans le Code pénal de 1791, auquel fera écho celui plus sévère de 1810 : légalisation des crimes et des châtiments, individualisation de la peine, abolition du supplice, généralisation de la prison carcérale comme peine corrective de resocialisation. Si, au nom des Lumières et de Beccaria, le projet d’abolir la peine capitale mobilise l’avocat Adrien Duport (1759-1789)1, les Constituants rejettent l’abolition (3 juillet 1791). Dès le XVIe siècle, attribut central de la souveraineté du roi, la mort comme peine illustre aussi la souveraineté absolue de l’État issu de la Révolution (« Monarchie constitutionnelle », « République »). Or, si la peine capitale perdure et vise les crimes contre l’Etat, ceux contre les individus (parricide, matricide, homicide avec préméditation, empoisonnement, castration et incendie volontaire), le législateur révolutionnaire aspire à la détacher de la souffrance corporelle particulière au système pénal de l’Ancien Régime. Le débat sur les modalités de l’exécution divise alors l’Assemblée entre partisans du supplice, zélateurs de la décapitation et défenseurs de la pendaison. Finalement, tout condamné à mort « aura la tête tranchée ». La « privation de la vie » sans souffrance : tel est l’idéal pénal que devra remplir la « machine humanitaire » qu’est la guillotine.

Simple mécanique

Trois étapes balisent la genèse de la guillotine. En octobre 1789, le médecin philanthrope Joseph Ignace Guillotin (1738-1814), anatomiste hostile aux supplices et non abolitionniste, propose à l’Assemblée constituante la « loi sur la décollation » qui uniformise la peine capitale non infamante pour tous les délinquants. « Le criminel sera décapité ; il le sera par l’effet d’une simple mécanique », conclut Guillotin qui suit notamment des modèles anciens de machines à décapiter (Mannaia, Naples, Halifax, Angleterre, etc.). Après débats, en mars 1792, la proposition chirurgicale de Guillotin est acceptée. Divers spécialistes sont consultés. Le bourreau Charles Sanson réprouve le modèle de la décapitation par le glaive. Attaché à son privilège d’exécuteur de la ville de Paris, il prétend qu’une « bonne décapitation » dépend d’un facteur technique (excellente qualité de l’épée) et d’un facteur humain (bourreau « très adroit », « patient très ferme »). L’expertise de Sanson revient à l’Assemblée constituante et au Procureur général de Paris. Guillotin renâcle à concevoir une solution qui « adoucisse » la peine capitale. Un autre chirurgien est alors sollicité : Antoine Louis (1723-1792), spécialiste de la noyade, médecin légiste qui a permis la réhabilitation posthume en 1763 de Louis Calas2.
Le 17 mars 1792, Louis publie l’Avis motivé sur le mode de décollation pour soutenir l’idéal médical de la « mort instantanée » et indolore. Il prône le « tranchant convexe » pour sectionner instantanément les vertèbres cervicales. Il estime en outre qu’une machine à décapiter intimidera le peuple. L’Avis de Louis conduit l’Assemblée constituante à décréter (20 mars 1792) la fabrication de la machine. En raison de son prix excessif (5600 livres), le projet du charpentier royal Guidon est rejeté. Il vend une machine luxueuse : bois de chêne, escalier de douze marches, rainure en cuivre de fonte, trois tranchoir du « meilleur acier », avec en plus une machine miniature pour la « démonstration ». L’Assemblée accepte le second devis qui lui est soumis par l’Allemand Tobias Schmidt, facteur de piano. L’artisan propose une machine à décapiter dont le coût atteint 960 livres.

La Louisette
Sous le contrôle d’Antoine Louis, la fabrication de la machine dure une semaine. Le 17 avril 1792, dans la cour de l’hôpital général de Bicêtre, elle est testée avec des moutons vivants, puis avec trois cadavres de vagabonds morts sur la voie publique. « Amis de l’humanité », plusieurs spécialistes assistent à l’expérience : Antoine Louis, le célèbre médecin Pierre Jean Georges Cabanis (1757-1808), le grand aliéniste Philippe Pinel (1745-1826), le bourreau Sanson, quelques membres de l’Assemblée constituante, le personnel de Bicêtre et un architecte, qui propose d’améliorer la stabilité de la machine.
Les essais sont concluants. Efficacité, rapidité, instantanéité : tous sont frappés par la « modernité mécanique » de la « Louisette » - ainsi baptisée en hommage au chirurgien Louis. Une semaine plus tard, le voleur de grand chemin Pelletier entre dans l’histoire de la peine capitale en étant le premier à subir la décapitation par la guillotine. Le public, venu nombreux pour assister à l’événement, se montre déçu. Il ne voit rien en raison de la rapidité de l’impact mortel. Certains Parisiens, irrités, murmurent : « Rendez-nous notre potence. »
La machine répond aux idéaux de la réforme pénale (« humaniser la peine ») et aux principes rationnels des Lumières. D’une manière simple, la « Louisette « fait appel aux trois formes de la géométrie : le triangle (couperet), le rectangle (montants), le cercle (lucarne) et repose sur la loi de la gravité (chute de la lame). La machine est censée arracher la vie dans un éclair indolore. En outre, elle humanisera le travail du bourreau. Il devient le « mécanicien » de la mort comme peine égalitaire pour tous. la peine capitale cesse d’être suppliciaire.

Rite d’échafaud
Rasage des cheveux sur la nuque du condamné, déchirure du col de la chemise, allongement du « patient » sur la bascule, nouage des sangles de cuir autour des bras et des jambes, glissage du corps pour bloquer la cou dans la « lucarne » refermée, déclenchement du mécanisme qui précipite le couperet sur le col immobilisé : le bourreau élabore ainsi un nouveau « rite d’échafaud ». Perdurant jusque dans les années 1970, le rite culmine avec la chute de la tête tranchée à l’intérieur du sac de cuir, puis dès le XIXe siècle, dans le panier d’osier.
Si la guillotine concrétise le régicide révolutionnaire (21 janvier 1793, exécution de Louis XVI), puis la répression politique durant la Terreur (septembre 1793-juillet 1794) contre les « ennemis » de la Révolution (8 à 10 000 personnes guillotinées), elle devient dès le XIXe siècle le « rasoir national » de tous les criminels condamnés pour un crime de droit commun (Code pénal de 1810). Que ceux-ci soient exécutés en métropole ou dans les colonies. Si avant 1882, le nombre des guillotinés en métropole est encore inconnu, on estime que 395 individus ont été exécutés entre 1882 et 1939, puis 80 individus mis à mort entre 1950 et 1977. En Algérie française, entre 1929 et 1958, ce sont 240 individus qui sont guillotinés (dont 140 « terroristes »).
Durant ces 185 années de services, la guillotine ne varie guère dans ses caractéristiques techniques. Mais la rite public se modifie lentement jusqu’en 1939. La publicité de l’exécution s’atténue progressivement. En 1832, de la place de Grève, la guillotine gagne la périphérie parisienne. Elle est transférée vers les « barrières » de Paris (portes des anciennes fortifications). En 1851, elle revient en ville, pour être dressée devant la prison où est détenu le condamné à mort. Ensuite, afin de réduire le choc visuel de l’exécution toujours publique, la loi de 1870 supprime l’échafaud et les dix marches que gravit le condamné devant la foule. La guillotine se retrouve au sol. Le spectacle de la mise à mort s’atténue. Appliquée la première fois en 1872, cette mesure suscite la colère du public qui « ne voit plus rien ».

A cinq heures du matin
Le mouvement d’atténuation du spectacle de la guillotine s’accentue avec le choix de l’« heure furtive » des exécutions publiques. Dès 1898, l’« heure furtive » est fixée à cinq heures du matin, pour limiter la « curiosité » de la foule. Finalement, après l’échec de l’abolition de la peine capitale en 1908 (la Chambre des députés décide de maintenir la peine capitale par 330 voix contre 201), en 1939, le tumulte public qui entoure à Versailles l’exécution du tueur en série Weidmann conduit le garde des sceaux à décréter qu’à l’avenir chaque exécution aura lieu dans l’enceinte carcérale. Pour la première fois en France depuis le XVIe siècle, le rite de l’exécution capitale perd sa forme publique. En métropole, la prison devient le lieu spécialisé de la mort comme peine. Toujours à l’« heure furtive », elle est infligée face aux autorités qui représentent l’Etat et l’institution judiciaire : Procureur général, Président de la cour d’assise, juge d’instruction, directeur de la prison, greffier, médecin légiste, avocat du condamné, etc.). L’« incarcération de la guillotine » termine la pédagogie publique de la peine capitale comme rituel d’intimidation sociale. En 1981, lors de l’abolition de la peine de mort par le garde des sceaux socialiste Robert Badinter, la République possède encore trois guillotines : deux reposent à la prison de Fresnes. L’une est sédentaire (exécutions à Paris), l’autre est nomade (exécutions en province). La troisième est déposée dans un département d’outre-mer pour les exécutions hors de la métropole.
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