Faut réhabiliter Napoléon III ?

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Faut réhabiliter Napoléon III ?

Message  Imad Eddin AL-HAMADANI le Mar 29 Déc - 5:19

Une citation de Valeurs Actuelles :
Jean Tulard, le 18-04-2008


Bicentenaire. L’anniversaire de sa naissance est l’occasion de revenir sur sa vie. À Napoléon Ier la gloire et la légende, à son neveu le mépris dû au vaincu de Sedan.

Tout commença fort mal, le 20 avril 1808. La reine Hortense accoucha, à une heure du matin, à Paris, d’un troisième garçon, dix-neuf jours avant le terme.Accouchement difficile, loin de son royaume de Hollande.Hortense, fille de l’impératrice Joséphine et belle-fille de Napoléon, était si épuisée qu’elle crut mourir. Quant à son fils, il était si faible qu’elle pensa le perdre.À cinq heures du soir fut dressé l’acte de naissance par l’archichancelier. Mais Cambacérès, bien embarrassé, dut se contenter d’écrire : « Attendu l’absence de S. M. l’Empereur et Roi, le prince nouveau-né n’a reçu aucun prénom. »

Napoléon était en effet à Bayonne où il préparait le guet-apens dans lequel allait tomber la famille royale espagnole. Il en sortirait six années d’une guerre atroce immortalisée par Goya. Autre absence remarquée, ce 20 avril 1808, celle du père, Louis Bonaparte, devenu roi de Hollande par la volonté de Napoléon. Le ménage allait mal depuis longtemps. Le frère cadet de Napoléon était un névrosé rongé par la jalousie. Il était convaincu que sa femme le trompait. La naissance prématurée de ce troisième enfant accrut ses soupçons. Pourtant, après la mort de leur aîné,Napoléon Louis Charles, survenue en mai 1807, les deux époux s’étaient rapprochés à la faveur d’un voyage dans les Pyrénées. Ce fils qui naît le 20 avril 1808 est très vraisemblablement de Louis. Néanmoins, celui-ci s’éloigne désormais d’Hortense. L’enfant ne sera baptisé que le 5 novembre 1810. Il recevra les prénoms de Charles Louis Napoléon.
Ce n’est pas un avenir brillant qui s’ouvre à lui. Il n’est que le second dans la succession du royaume de Hollande et occupe le même rang pour le trône Charles est mort, mais il a encore devant lui Napoléon Louis, et la naissance en 1811 du roi de Rome l’écarte un peu plus de la succession impériale. L’annexion de la Hollande à la France, le 9 juillet 1810, puis la chute de l’Empire en 1814 lui enlèveront tout espoir de régner.
L’horizon finit pourtant par s’éclaircir. Son frère périt au cours de l’insurrection des Romagnes contre le pouvoir pontifical en 1831.Formé aux idées révolutionnaires par son précepteur Lebas, Louis Napoléon y combat lui aussi comme carbonaro. Il se retrouve seul héritier de Napoléon Ier après le décès à Schönbrunn du fils de l’Empereur. Joseph Bonaparte n’a en effet que des filles, Lucien et Jérôme ayant été écartés de la succession en raison de mariages désapprouvés par Napoléon.Ainsi, de façon inattendue, Louis Napoléon est désormais le seul prétendant au trône impérial.
Mais comment conquérir ce trône ? Deux fois, en 1836 à Strasbourg et en 1840 à Boulogne, il tente un coup d’État et échoue piteusement. Incarcéré à Ham, il s’en échappe et trouve refuge à Londres.Revenu en France à la faveur de la révolution de 1848, il est d’abord député. L’avènement du suffrage universel lui permet sur son nom – la légende napoléonienne est alors à son apogée – d’être élu président de la nouvelle République, au mois de décembre 1848. Il ne l’aurait pas emporté si l’on avait maintenu le suffrage censitaire. Ce sont les paysans et les ouvriers qui ont voté pour lui.
Le 2 décembre 1851, il réussit un coup d’État mieux préparé que les précédents : la IIe République devient le second Empire et lui-même Napoléon III. Son règne s’achève à Sedan en septembre 1870.
Les Français n’aiment pas Napoléon III. L’Europe s’étonne d’une telle impopularité. Alors que son oncle repose aux Invalides, l’un des monuments les plus visités de Paris, la dépouille de Napoléon III reste exilée à Farnborough.Pourquoi cette haine ou cette indifférence ? Des tentatives de réhabilitation à travers des livres sérieux et documentés, de Philippe Séguin à Éric Anceau, n’ont pas suffi à convaincre l’opinion. Des associations comme Le Souvenir napoléonien, Les Amis de Napoléon III ou l’Académie du second Empire, ne sont pas parvenues à inverser le courant. L’homme et son bilan sont séduisants mais n’emportent pas l’adhésion.
En un temps où l’image est essentielle,Napoléon III s’est composé un personnage à longues moustaches et barbiche, aisément reconnaissable, mais qui n’a pas connu la popularité iconographique de l’homme au petit chapeau et à la redingote grise. Les femmes jouent un rôle important dans sa vie mais elles n’égalent pas les maîtresses de François Ier, Henri IV ou Louis XV. Napoléon III commande en personne à Magenta et ses campagnes sont brillantes même si elles s’achèvent sur le désastre de Sedan. En fait, alors que l’on évoque sans cesse Austerlitz, Iéna ou Wagram, les victoires de Magenta ou de Solferino ne sont plus connues que comme des noms de boulevards parisiens. La gloire militaire semble réservée à l’oncle, malgré Waterloo, et la défaite au neveu.
Le malheur, condition essentielle de la légende, frappe Napoléon III : son fils unique est tué par les Zoulous. Celui de Napoléon Ier mourut de tuberculose à Schönbrunn en une quasi-captivité. Le duc de Reichstadt inspire à Edmond Rostand sa célèbre pièce l’Aiglon : le prince impérial dont la mort fut nettement plus spectaculaire n’a droit qu’à quelques mauvais vers de Maurice Rostand, rejeton d’Edmond.
L’oeuvre de Napoléon III est impressionnante. Si Napoléon Ier a donné à la France ses institutions administratives, Napoléon III lui a imprimé ses institutions économiques et financières. C’est sous son règne que naissent le Crédit mobilier, le Crédit industriel, le Crédit Lyonnais et la Société générale. La loi sur les sociétés anonymes de 1867 permet l’essor du grand capitalisme industriel tandis que le libéralisme s’impose dans les échanges. Le Paris moderne est dû à Haussmann : boulevards larges et droits, amélioration de l’approvisionnement en eau, éclairage au gaz, nouveaux monuments, annexion de la banlieue et passage à vingt arrondissements.
La modernité de Napoléon réside dans son appréhension des problèmes sociaux : il rompt avec le libéralisme inhumain de la monarchie de Juillet n’accordant au prolétariat que le droit de mourir de faim. La classe ouvrière est alors sans organisation, sans droits et sans avenir. Déjà, dans l’Extinction du paupérisme, Louis Napoléon avait plaidé pour une amélioration de sa condition. « L’industrie a ses blessés comme la guerre », affirme-t-il.Augmentation des secours, amélioration du logement demeurent ses principales préoccupations. Il va plus loin en supprimant en 1864 le délit de grève. La nouvelle loi favorise la solidarité ouvrière : apparaissent des sociétés de crédit mutuel, caisses de prévoyance et d’assistance. En 1867, la Société des ouvriers du bronze compte déjà 5 000 adhérents. Aucun gouvernement n’a fait autant pour le monde du travail avant le Front populaire. La comparaison entre les expositions universelles de 1855 et de 1867 met en lumière les énormes progrès accomplis en France entre ces deux dates : extension du réseau ferroviaire, innovations techniques dans la métallurgie, essor considérable de l’industrie du luxe (soieries lyonnaises, glaces de Saint-Gobain, couverts et orfèvrerie Christofle, etc.).
Le bilan n’est pas moins brillant dans le domaine des arts : c’est l’époque de Courbet, Chassériau, Meissonier, Puvis de Chavannes, Winterhalter, sans oublier Manet, les architectes s’appellent Labrouste,Viollet-le-Duc, Garnier. En sculpture s’illustrent Bartholdi, Carpeaux, Barye et en musique Gounod (Faust est créé en 1859), Bizet et surtout Offenbach. Ajoutons que, sur le plan international, Napoléon III fut l’artisan de l’unité italienne, le père de la Roumanie et l’inventeur, avec Ferdinand de Lesseps, du canal de Suez.
Rarement la civilisation française n’aura brillé d’un aussi vif éclat que sous le second Empire et rarement la France ne se sera autant enrichie, sous l’autorité – parfois il est vrai trop brutale – d’un homme qui fut un visionnaire, quelquefois malheureux mais toujours sincère.
Comment expliquer la réprobation qui l’entoure ?
La littérature lui a été hostile.Or, l’appui des grands écrivains est indispensable à la légende d’un homme d’État : Richelieu eut Corneille, Louis XIV Racine et Boileau, de Gaulle Mauriac et Malraux. Certes, Chateaubriand s’oppose à Napoléon Ier vers la fin de son règne mais c’est pour mieux l’exalter ensuite dans les Mémoires d’outretombe et affirmer : «Vivant,Napoléon a manqué le monde, mort, il le possède. » Toute la génération qui suit 1815 est marquée par Napoléon :Hugo, fils du général, Stendhal qui fut auditeur au Conseil d’État, Balzac avec son Médecin de campagne, Berlioz et Géricault dans le domaine des arts. D’abord royaliste, le romantisme devint très vite le principal vecteur de la légende napoléonienne.
Napoléon III n’a pas eu cette chance. Hugo, auquel il avait refusé avant le coup d’État du 2 décembre un portefeuille ministériel – lourde erreur –, se fera, de son lieu d’exil, l’adversaire le plus en vue et le plus sonore du second Empire : Histoire d’un crime, Napoléon le Petit et surtout les Châtiments. Zola, dans sa chronique des Rougon-Macquart marque au fer rouge la société du temps. Hugo et Zola seront les écrivains les plus lus après la chute de l’Empire. L’école de la République en fera des autorités morales et ils reposeront au Panthéon.
Dans la Dernière Classe, Daudet fait pleurer toute une génération sur la perte de l’Alsace-Lorraine après Sedan. Les procès pour outrages à la morale faits à Flaubert et Baudelaire donnent l’impression d’un régime hostile aux écrivains. L’Académie française, qui refuse des auteurs comme Théophile Gautier jugés trop proches de la cour impériale, et l’Académie des sciences morales et politiques sont des foyers d’opposition au second Empire.
Marx porte le coup fatal dans son 18 Brumaire de Louis Bonaparte.Pour lui, le coup d’État du premier des “napoléonides”fut une tragédie, celui du neveu une farce. Napoléon III ne s’est pas remis de l’insurrection de la Commune, qui a brouillé son bilan social, et de la perte de l’Alsace-Lorraine. Barrès, chantre de “la revanche”, exalte dans les Déracinés le vainqueur d’Iéna et méprise le vaincu de Sedan. Albert Sorel et Émile Bourgeois, qui règnent désormais sur l’École des sciences politiques, s’interrogent sur la diplomatie de Napoléon III. Son soutien, généreusement apporté au principe des nationalités, n’a-t-il pas desservi les intérêts de la France et conduit à la défaite de 1870 ?
Il a manqué à Napoléon III une oeuvre comparable au Mémorial de Sainte-Hélène où Napoléon Ier déchu justifiait sa politique et l’embellissait en lui donnant un pouvoir émotionnel né d’une captivité qui l’assimilait à Prométhée sur son rocher. Malgré les polkas, les lanciers et l’exotisme des guerres de Crimée et du Mexique, le second Empire ne fait pas rêver.

À lire

Napoléon III, d’Éric Anceau, Tallandier, 752 pages, 32 Euros (le livre essentiel).
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Imad Eddin AL-HAMADANI
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