C'est nous les africains

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C'est nous les africains

Message  Imad Eddin AL-HAMADANI le Mar 29 Déc - 5:36

Un article de Valeurs Actuelles du 26/10/2007 sur les troupes coloniales

Ils venaient de loin ; ils furent des centaines de milliers, d’abord volontaires, engagés dans les troupes coloniales pour défendre la métropole...

Lors d’une prise d’armes organisée en 1944 en l’honneur des soldats nord-africains du corps expéditionnaire français en Italie, le général de Gaulle accrochait la médaille militaire sur la poitrine d’un adjudant algérien titulaire de quatre citations, dont deux à l’ordre de l’armée, qui venait de sauver la vie du capitaine Offel de Villancourt au mont Cassin. Exemple de ces “indigènes” dont le film de Rachid Bouchareb restitue le combat pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’appelait Ahmed ben Bella. En 1963, après avoir durement combattu l’armée française, il devenait le président de l’Algérie indépendante.
Ben Bella ne fut pas le seul dirigeant d’un pays de l’ancien empire français devenu indépendant à avoir servi dans l’armée française. Ainsi, Jean-Bedel Bokassa, président puis empereur de Centrafrique, y avait même obtenu ses galons d’officier – un cas exceptionnel.

Les Nord-Africains constituèrent une part essentielle des troupes recrutées par la France aux XIXe et XXe siècles dans les différentes parties de son empire colonial. Maghrébins, noirs africains, malgaches ou indochinois, ils furent des centaines de milliers à participer aux deux guerres mondiales, ainsi qu’à celles d’Indochine et d’Algérie. Sans oublier les combats qui ponctuèrent la constitution de l’empire, ou l’épopée de la mission Marchand en 1896-1898, fâcheusement terminée à Fachoda.

L’histoire des troupes coloniales, qui ont constitué la matrice des troupes de marine (ce qui leur vaut d’en perpétuer la mémoire), s’inscrit entre deux dates. Dès 1830, année de la conquête de l’Algérie, le général Clauzel recrutait parmi les Kabyles (Zouaouas) des soldats baptisés zouaves, qui se transformèrent en 1852 en régiments?exclusivement européens. En 1964, après l’indépendance de nos an ciennes colonies africaines, étaient dissous les derniers bataillons de tirailleurs dits “sénégalais”, cent sept ans après leur création (lire notre encadré page 88).

La liste est longue des troupes indigènes constituées pendant ces cent trente-quatre années. En 1842 était créé le bataillon des tirailleurs indigènes d’Alger, noyau du 1er régiment de tirailleurs algériens mis sur pied en 1856 (sept autres régiments de ce type furent créés). Il y eut aussi les spahis, qui datent de la même époque que les tirailleurs algériens, les tirailleurs annamites (1879), tonkinois (1884), malgaches (1895), les tirailleurs marocains et tunisiens, unités formées principalement de volontaires.

Furent également volontaires les supplétifs recrutés pendant la guerre d’Algérie, les harkis. Cette guerre n’étant pas reconnue comme telle (puisque l’Algérie était territoire français), les harkis n’étaient pas considérés comme des militaires au sens plein du terme, les jeunes appelés musulmans servant dans les unités traditionnelles telles que les tirailleurs. Néanmoins, armés et soldés, ils pouvaient revendiquer le titre de combattants. Et ils eurent à payer le prix du sang, pendant la guerre et, plus encore, après, victimes d’épouvantables représailles du FLN, malgré les accords d’Évian de mars 1962.

Pendant la Première Guerre mondiale, le volontariat ne suffisant plus, la France fit appel à la conscription dans ses colonies pour affronter un ennemi démographiquement supérieur. Ainsi fut formée la “force noire” (titre d’un livre publié en 1910 par le lieutenant-colonel Charles Mangin, futur général de la Grande Guerre). En réalité, une force bigarrée. Sur près de 400 000 hommes, on dénombra 180 000 Ma ghrébins, 135 000 Africains noirs, 45 000 Indochinois, 35 000 Malgaches. Ils participèrent aux combats les plus rudes, dans les Flandres comme dans les Dardanelles, sur la Somme et à Verdun, au Chemin des Dames en 1917 et à Reims en 1918. Un mémorial dédié aux 70 000 soldats algériens, tunisiens et marocains morts en 1916 à Verdun fut inauguré par Jacques Chirac à Douaumont, en juin 2006.

Soldée par un échec sanglant, l’offensive du général Nivelle au Chemin des Dames, longue barrière naturelle au sud de Laon, marqua durablement les esprits. Le 16 avril 1917, à 6 heures du matin, sous la neige et dans la boue glacée, les Marocains et les Sénégalais partirent à l’assaut des positions allemandes aménagées notamment dans les grottes (les “creutes”), dont ce massif calcaire est truffé. Le général Lyautey, alors ministre de la Guerre, avait déconseillé d’engager dans cette attaque des troupes noires que paralyseraient les mauvaises con ditions climatiques. En vain.

Ce fut un massacre. Sur 25 000 tirailleurs rassemblés pour l’offensive, 10 000 furent lancés dans le premier assaut. Parmi eux, comme devait l’indiquer Blaise Diagne, député du Sénégal, devant les “comités secrets” de la Chambre des députés et du Sénat, ils furent six sur dix à tomber. Très exactement 63 % de tués ou blessés dès le début de l’offensive !

Cependant, pour l’ensemble de la guerre, les pertes des troupes coloniales ne furent pas plus im portantes que celles des autres unités. On dénombra 87 000 morts et disparus parmi les soldats coloniaux, dont 70 800 “indigènes”. Les moins éprouvés furent les tirailleurs al gé riens (15 % de pertes), les plus touchés les sénégalais (près de 22 %). Une proportion inférieure à celle de l’infanterie métropolitaine (23 %).

Les combats de 1940 devaient être une nouvelle épreuve pour les coloniaux. Ils furent 640 000 à se retrouver sous les drapeaux, parmi lesquels 176 000 Algériens, 80 000 Tunisiens, 80 000 Marocains et 180 000 “Sénégalais”. Environ 10 % de l’effectif total de l’armée française. Pendant la courte, mais sanglante bataille de France, 5 000 d’entre eux tombèrent. Plusieurs centaines d’autres, prisonniers, furent sommairement exécutés par les Allemands qu’indignait la sauvagerie supposée de nos “hordes raciales”.

Deux ans après le désastre de 1940, ce fut Bir Hakeim, combat secondaire par la faiblesse des effectifs engagés, important dans la mesure où il contraria les plans stratégiques de Rommel. Les Français libres, commandés par le général Koenig, s’illustrèrent dans cet endroit désolé du désert libyen. Parmi eux : les Tahitiens et Néo-Calédoniens du lieutenant-colonel Broche, des Nord-Africains, des Indochinois, des Malgaches. Une partie de l’empire français était alors ralliée au général de Gaulle, notamment le Tchad avec le gouverneur Félix Éboué. Et ce furent les coloniaux du régiment du Tchad qui, en mai 1943, formèrent en Afrique du Nord le noyau de la 2e division blindée de Leclerc.

Cette Afrique du Nord fut la base où se mobilisèrent les bataillons destinés, aux côtés des gros contingents anglo-américains, à reconquérir la mé­tropole. En 1943, une armée de plus 400 000 hommes (176 500 Européens et 233 000 Maghrébins dont certains, sans rien y comprendre, avaient combattu les Américains lors du débarquement de novembre 1942) se consti tua sous l’autorité de Giraud. Commandée par Juin, elle allait s’illustrer en Italie avant de participer au débarquement de Provence sous les ordres du général de Lattre de Tassigny, puis de remonter vers l’Allemagne par les Vosges et l’Alsace.

Parmi les faits d’armes de la campagne d’Italie, la conquête, en janvier 1944, du Belvédère, un massif montagneux au nord de Cassino, fit la réputation du 4e régiment de tirailleurs tunisiens. Il y subit de grosses pertes : 264 tués, 400 disparus, 800 blessés – les deux tiers de l’unité !

À peine la guerre en Europe terminée, les troupes coloniales eurent à combattre en Indochine. Dès le début du conflit, on vit le capitaine Bigeard s’illustrer avec 450 recrues thaïes encadrées par quelques officiers et sous-officiers européens. Progressivement, en effet, fut entrepris le “jaunissement” des effectifs. Vers la fin de la guerre, les troupes terrestres du corps expéditionnaire comptaient, pour 54 000 Français, 30 000 Maghrébins, 18 000 Africains noirs et 53 000 au tochtones – plus 20 000 légionnaires. Et à Diên Biên Phù, en 1954, un tiers seulement des soldats du camp retranché était d’origine européenne.

Clemenceau disait à propos des poilus de la Grande Guerre : « Ils ont des droits sur nous. » Concernant les soldats indigènes des troupes coloniales, ces droits furent longtemps ignorés. En 1959, la plupart des pays de l’ancien empire français étant en train d’accéder à l’indépendance, le général de Gaulle fit voter une loi, dite de “cristallisation”, gelant les pensions des anciens combattants de l’Union française au niveau atteint à cette époque. Du coup, la disparité avec les retraites des anciens combattants de souche métropolitaine alla en s’aggravant.

Il fallut la réélection de Jacques Chirac à la présidence de la République, en 2002, et l’attribution, dans le gouvernement Raffarin, du ministère des Anciens Combattants à un Français d’origine maghrébine, Hamlaoui Mekachera, pour que le dossier sorte de l’oubli. Promesse fut faite aux anciens combattants de l’empire que leur statut serait désormais aligné sur celui des métropolitains. Une mesure concernant 84 000 vétérans répartis dans vingt-trois pays (57 000 au titre des retraites, 27 000 à celui des pensions d’invalidité), dont 40 000 dans les trois pays du Maghreb, et mise en application à partir du 1er janvier de cette année. Quant aux harkis ayant réussi à se réfugier en France après l’indépendance de l’Algérie, ils furent longtemps traités en citoyens de seconde zone avant d’obtenir, par étapes, une compensation financière pour services rendus.
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Imad Eddin AL-HAMADANI
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